L’ex-monde

L’ex-monde, il me tient dans sa mine grise.
Je me souviens, moi, de cet endroit.
Un soir d’adieu, je partais encore
Savais-je alors que je perdrais mon chemin !
Au soir, je suis là, carrefour des ventres vides où plus rien ne se passe, où l’on déambule où plus rien n’existe.
Alors je préfère jouer aux dés avec mon voleur d’oranges.
Il s’ennuie, ce n’est plus la saison des oranges, alors on discute et on rit. On discute exil, celui qui nous tient tous deux dans sa main et qui nous engraisse. On se rappelle la voix qui remplissait nos ventres, la seule voix qui parvienne à m’émouvoir.
La voix qui souffle l’eau sur les rochers.
La voix qui danse comme une flamme devant mes yeux, la voix qui s’apaise, rassasiée, et vient faire frissonner les galets, la voix des orages chauds, la voix qui remplit mon ventre
Celle d’un feuillage que le vent caresse pendant la sieste, d’une orange qui tombe, d’un chien qui nous poursuit, pendant qu’on s’enfuit pieds nus dans les chemins remplis de cailloux et qu’on rigole. J’évite de marcher sur le chaud, alors on rejoint la jetée et on souffle à l’ombre, de l’eau sur les rochers ou des gitanes à la voix pure.
Ces couleurs ocres qui me cherchent encore. C’est un peu cette voix-là.
La terre se fend des rires qu’elle m’inspire.

***

Le cri d’un violon

Le cri d’un violon s’éteint sur ma chaise ou était-ce un rire retombé subitement, comme honteux de s’être levé, qui se rassied en sifflant ? Personne ne sait.

Pour préserver son petit secret, il s’enveloppe de silence, alors je le regarde pour le surprendre pendant deux ou trois heures, je le regarde se perdre et je finis par lui demander : « Tu es le cri d’un violon ou un éclat de rire ? »